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Le Champsaur - Une Normandie en altitude

Hautes Alpes - Le Champsaur
La Chapelle-en-Valgaudémar -
Niveau
:   
Durée :   00h00
Distance :    km
Dénivelé :   524 m
Balisage :   
Environnement :   Campagne
Enfants :   Adapté
Type d'activité :   En voiture

Découvrez la balade : Le Champsaur - Une Normandie en altitude

Au pied de la haute montagne du massif des Ecrins, une centaine de kilomètres carrés ont été façonnés depuis des siècles par la main de l'homme à la façon d'un bocage normand. Ce micropays traditionnellement dévolu à l'agriculture et à l'élevage d'ovins est en plus un paradis pour les randonneurs. PAR PÉRICO LÉGASSE

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Présentation détaillée de la balade : Le Champsaur - Une Normandie en altitude

On ne va pas vous raconter d’histoire. En tout cas, pas celle de l’auteur de ces lignes. A un détail autobiographique près : le choix de présenter ce coin de France montagnarde et rurale, à 20 km au nord de Gap, dans le département des Hautes-Alpes, lesquelles sont aussi les Alpes des Sudistes, tient à un souvenir d’enfance, un hasard de l’existence qui, de Marseille, l’envoya pour quelque temps étudier le calcul et la grammaire dans ce pays de vaches, de moutons et de chèvres, ancienne vallée glaciaire traversée par des rivières et des torrents en pétard, couverte de plaines fertiles entourées de sommets où la neige s’obstine vaillamment après le printemps, habité par des paysans durs à la tâche, parlant (peu) avec un drôle d’accent convoquant tout à la fois une certaine lenteur dauphinoise et les inflexions chantantes de l’occitan (branche dite vivaro-alpine), un pays où quelquefois la bise souffle fort, mais que le soleil réchauffe en abondance dès l’été revenu.

L’exil en Champsaur se présentait comme une punition, ce fut un enchantement. Ceux qui y vivent, sous un ciel ouvert où se dressent au loin les verticalités intimidantes du massif des Ecrins et l’austérité calcaire du Dévoluy, ne sont pas très nombreux mais n’en partiraient pas pour tout l’or du monde. Entre 1850 et 1920, ils l’ont fait pourtant, s’expatriant en masse vers la Californie, non pour y dénicher le métal précieux comme des milliers de forty-niners, mais offrir leur savoir de bergers et de cultivateurs à une agriculture locale en plein boom et qui manquait alors de bras experts.

Modeste «capitale» du cru, Saint-Bonnet-en-Champsaur eut ainsi longtemps son café de Californie et son café des Américains tout comme Los Angeles avait son café de Gap. Il n’en reste rien de visible et aujourd’hui on y visite rapidement les quelques vestiges encore debout d’un ancien bourg médiéval aux maisons serrées et entouré de fortifications, agrémenté au XVIIIe siècle d’une poignée de jolies placettes. A vrai dire, Saint-Bonnet a comme principale qualité d’être la porte d’entrée du tout dernier grand bocage d’Europe (près de 100 km2 de surface) cultivé en altitude, entre 800 et 1 200 m, bien qu’en vertu d’une ancienne habitude langagière, maintenant abandonnée, il figura longtemps comme appartenant au bas Champsaur.

Pour le néophyte, le bocage est d’abord un ravissement des yeux, une dentelle irrégulière de couleurs alternant le jaune et le vert des champs, le vert plus foncé des alignements de haies les séparant, palette pâle ou intense selon les saisons, ponctuée par les taches rouges et beiges des toitures en tuiles, typiques de la région, mais qu’un vilain zinc remplace ici et là au grand désespoir des amoureux de la tradition. Ce paysage, plus familier dans la grasse Normandie ou dans la Vendée, doit tout au travail des hommes qui n’ont cessé de le façonner à l’aune de leurs besoins.

Ceux des Romains, dont la Gaule narbonnaise s’étendait jusqu’aux confins de l’actuelle région Rhône-Alpes, eurent pour conséquence de vastes défrichements là où les forêts de feuillus avaient longtemps poussé sans contrainte. Le bocage proprement dit viendra plus tard, enfant des grandes restructurations agricoles entreprises à partir du XIVe siècle. Riche en alluvions, cette terre, moins ingrate que dans l’étroite vallée voisine du Valgaudemar, fixe les hommes. On y cultive des céréales et élève du bétail, nourri avec le fourrage que donnent les centaines de kilomètres de haies courant entre les parcelles comme une écofrontière de frênes, de peupliers et d’arbustes divers. Ce bocage d’altiplano n’était pas encore un sujet pour jolies photos, mais avant tout une économie et un mode de vie fondés sur la domestication réfléchie de l’arbre, de l’herbe, de l’eau et de la pierre.

A force de le sillonner, d’en étudier de visu, et dans les livres, les modifications constantes, Richard Bonet, responsable scientifique du parc national des Ecrins, peut en parler presque sans reprendre souffle en deux heures de visite. «Il y a peu d’exemples d’une exploitation aussi intelligente et créative de ce qu’offre ici la nature», explique-t-il, détaillant toutes les ressources du damier géant tissé au fil des siècles : les haies, pour protéger les cultures du vent, mais aussi, plus tard, fournir du bois de chauffage (pour les rudes hivers), le réseau des canaux permettant l’irrigation des cultures et le drainage des eaux de fonte, celui des murets de pierre dressés contre le ravinement destructeur. Et tant d’autres usages qu’il faut désormais maintenir.

En 1846, le Champsaur comptait 15 000 âmes vaillantes, moins de 10 000 un siècle plus tard, à peine plus de la moitié aujourd’hui. L’exode rural massif des années 50-60 et le remembrement visant à agrandir les exploitations agricoles ont bouleversé son bocage miraculeux. «De 60 à 70 % du linéaire des haies a disparu, souligne Richard Bonet, leur hauteur s’est abaissée, leurs arbres sont moins régulièrement taillés qu’autrefois et les broussailles s’installent, les surfaces boisées regagnent du terrain quand ce ne sont pas des lotissements qui grignotent des terres autrefois cultivées.»

L’acte de décès menaçait. Il est heureusement resté dans le tiroir des mauvaises idées. «Il y a une dizaine d’années, poursuit le responsable du parc, il y a eu une prise de conscience collective du risque de voir disparaître peu à peu un patrimoine unique.» Conjuguées à l’expertise apportée par le parc des Ecrins, diverses mesures agroenvironnementales prises au plan local, régional ou européen ont permis de sauver l’essentiel. Pour s’en convaincre, se rendre à quelques kilomètres de Saint-Bonnet, sur le belvédère dit des Trois-Croix, à côté d’une chapelle à peine plus grande qu’une maison de poupée ou plus loin, sur les premiers contreforts du Vieux Chaillol, la «montagne magique» du Champsaur : on y contemple le bocage de haut et il a de beaux restes.

Les plus curieux se promèneront sur les multiples sentiers qui le traversent et, grâce aux guides du Bureau des accompagnateurs en montagne du Champsaur, à Pont-du-Fossé, la simple ivresse de voir s’y enrichira du plaisir de savoir et comprendre. «Le bocage, insiste Richard Bonet, n’est pas un paysage figé, mais le miroir du fonctionnement d’une société bien vivante.» Si le grand isolement vous manque, en quelques dizaines de kilomètres vous rejoindrez un fond de vallée cerné par les cimes, comme à Molines-en-Champsaur : quelques bâtisses de pierre posées comme une éternité, une chapelle, un ancien presbytère transformé en maison forestière pour les gardes du parc des Ecrins et, pour rompre le silence, la seule rumeur d’une fraîche rivière.

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