Saint-Quentin, dans l'Aisne, est l'une des grandes villes Art déco de France : 3 000 édifices comportant des éléments de ce style y ont été inventoriés, dont 300 façades typiques. Ils sont nés de la reconstruction d'après 1918 et se découvrent au fil d'une balade à pied.
Pourquoi tant d'Art déco à Saint-Quentin ?
Pendant la Première Guerre mondiale, Saint-Quentin se trouve juste derrière la ligne Hindenburg. Quand la ville est libérée, le 2 octobre 1918, environ 70 % de ses immeubles sont endommagés, basilique comprise. La reconstruction de l'entre-deux-guerres coïncide avec le triomphe d'un style nouveau, l'Art déco, consacré par l'exposition des arts décoratifs de Paris en 1925. Architectes, maîtres verriers et mosaïstes rebâtissent alors des rues entières.
Le résultat se lit dans presque chaque rue : façades aux lignes géométriques, bow-windows, ferronneries stylisées, frises de mosaïque, motifs de fleurs et de corbeilles de fruits sculptés dans la pierre. Deux architectes locaux, Louis Brassart-Mariage et Hyacinthe Perrin, signent une bonne part de ces immeubles. La ville porte le label Ville d'art et d'histoire depuis 2006.
Une balade Art déco, de la gare au centre
La gare est le point de départ logique. Construite en 1926 sur les plans de Gustave Umbdenstock et d'Urbain Cassan, elle accueille le voyageur sous des décors du maître verrier Auguste Labouret. Ses façades, sa toiture et son buffet sont inscrits aux monuments historiques depuis 2003.
On franchit ensuite la Somme et le canal par le pont d'Isle, lui aussi reconstruit dans l'esprit de l'époque, pour gagner la rue d'Isle, l'artère commerçante qui monte vers le centre. En levant les yeux, on repère les étages décorés au-dessus des vitrines. Plusieurs adresses méritent un arrêt :
- Les Nouvelles Galeries, grand magasin inscrit aux monuments historiques en 2023 ;
- les immeubles du 19 au 23 rue de la Sellerie et celui du 5 rue de Lyon ;
- le 11 rue Saint-Jacques et le 6 rue Anatole-France ;
- la façade de l'ancien cinéma Le Carillon et le hall de la poste centrale ;
- le Conservatoire et la salle du conseil de l'hôtel de ville, dont l'intérieur fut refait à la même époque.
Le parcours se termine sur la place de l'hôtel de ville, où la façade gothique flamboyante de la mairie rappelle que la ville est bien plus ancienne que sa parure des années 1920. Il ne faut pas confondre tous les grands édifices du centre avec l'Art déco : le palais de Fervaques, élevé de 1897 à 1911, appartient à l'architecture de la Belle Époque.
Visiter avec un guide ou seul
L'office de tourisme, installé rue Émile-Zola, propose des visites guidées Art déco du centre-ville avec une guide-conférencière, utiles pour entrer dans certains halls et comprendre les décors. Une balade libre reste facile : le centre est compact, plutôt plat, et se parcourt en une demi-journée sans se presser, en s'arrêtant devant chaque façade qui retient l'attention. Pour aller plus loin, l'ouvrage de Claude Richard, Saint-Quentin et l'Art déco, recense les immeubles remarquables.
- Quel est le meilleur moment pour photographier les façades ?
- Le dimanche matin, quand les rues commerçantes sont calmes, et par temps couvert, qui évite les contrastes trop durs sur les reliefs.
- Peut-on combiner la visite avec une balade nature ?
- Oui : le marais d'Isle, réserve naturelle au cœur de l'agglomération, se rejoint facilement depuis le centre.
Pour d'autres sorties dans le département, les balades dans l'Aisne mènent vers la Thiérache et le Chemin des Dames ; la Somme voisine prolonge la route vers la mer. Tous les parcours figurent dans les itinéraires de balade.
Sources : articles Wikipédia « Saint-Quentin (Aisne) » (inventaire Art déco, destructions de 1918, adresses citées, architectes, label de 2006), « Gare de Saint-Quentin » et « Liste des monuments historiques de l'Aisne » ; office de tourisme Destination Saint-Quentin (visites guidées).









